Les Karenine continuerent a vivre sous le meme toit, a se rencontrer chaque jour, et a rester completement etrangers l'un a l'autre. Alexis Alexandrovitch se faisait un devoir d'eviter les commentaires des domestiques en se montrant avec sa femme, mais il dinait rarement chez lui. Wronsky ne paraissait jamais: Anna le rencontrait au dehors, et son mari le savait. Tous les trois souffraient d'une situation qui eut ete intolerable si chacun d'eux ne l'avait jugee transitoire. Alexis Alexandrovitch s'attendait a voir cette belle passion prendre fin, comme toute chose en ce monde, avant que son...
Les Karenine continuerent a vivre sous le meme toit, a se rencontrer chaque jour, et a rester completement etrangers l'un a l'autre. Alexis Alexandrov...
Au printemps de l'annee 1830, Yan Yatchevski recut dans sa propriete de Rojanka la visite de Joseph Migourski, le fils de son ami defunt. Yatchevski etait un vieillard de soixante-cinq ans, large de front, large d'epaules, large de poitrine, portant une longue moustache blanche sur un visage couleur de brique. C'etait un patriote du temps du second partage de la Pologne. Tout jeune, il avait servi avec Migourski pere, sous le drapeau de Kosciuszko, et il haissait de toute son ame de patriote l'apocalyptique - suivant son expression - et devergondee CatherineII, ainsi que son amant...
Au printemps de l'annee 1830, Yan Yatchevski recut dans sa propriete de Rojanka la visite de Joseph Migourski, le fils de son ami defunt. Yatchevski e...
Des voyageurs descendaient de notre wagon, d'autres y montaient a chaque arret du train. Trois personnes cependant resterent, allant comme moi jusqu'a la station la plus lointaine: une dame ni jeune ni jolie, fumant des cigarettes, la figure amaigrie, coiffee d'une toque et vetue d'un paletot mi-masculin; puis son compagnon, un monsieur tres loquace d'une quarantaine d'annees, avec des bagages neufs et bien en ordre; puis un monsieur se tenant a l'ecart, de petite taille, tres nerveux, entre les deux ages, aux yeux brillants, de couleur indecise, extremement attrayants, des yeux qui sautaient...
Des voyageurs descendaient de notre wagon, d'autres y montaient a chaque arret du train. Trois personnes cependant resterent, allant comme moi jusqu'a...
C'etait le printemps. Nous voyagions depuis deux jours. A chaque station des voyageurs etaient descendus de notre wagon, d'autres y etaient montes, mais trois personnes, comme moi, restaient dans le train: une dame qui fumait des cigarettes, ni jolie ni jeune, le visage emacie, coiffee d'une toque et vetue d'un paletot de coupe masculine; son compagnon, un monsieur tres loquace, d'une quarantaine d'annees, dont les bagages etaient neufs et soignes; puis un monsieur se tenant a l'ecart, un monsieur de petite taille, qui avait des mouvements saccades, des yeux extraordinairement brillants,...
C'etait le printemps. Nous voyagions depuis deux jours. A chaque station des voyageurs etaient descendus de notre wagon, d'autres y etaient montes, ma...
Nous etions en deuil de notre mere; elle etait morte l'automne precedent et nous passames tout l'hiver a la campagne, seules, Macha, Sonia1 et moi. Macha etait une ancienne amie de la maison; elle avait ete notre gouvernante, nous avait toutes elevees, et mes souvenirs, comme mon affection pour elle, remontaient aussi loin que je me souvenais de moi-meme. Sonia etait ma s ur cadette. L'hiver s'ecoula pour nous, sombre et triste, dans notre vieille maison de Pokrovski. Le temps fut froid, venteux, a tel point que la neige s'etait amoncelee plus haut que les fenetres; celles-ci etaient presque...
Nous etions en deuil de notre mere; elle etait morte l'automne precedent et nous passames tout l'hiver a la campagne, seules, Macha, Sonia1 et moi. Ma...